nicolasgoulette@yahoo.com

samedi 17 mars 2012

Chkoon

Chkoon, tailleur de pierre, peintre, sculpteur, réalise des peintures en utilisant des poudres noires et du liant. Ces tableaux représentent notamment des silhouettes féminines de profil. Ce sont des femmes enceintes. La façon de traiter ses sujets, en nuances de gris, fait que l’on croit voir l’intérieur du corps des femmes, leur squelette, leur intérieur profond, marqué sur ces tableaux par une masse noire allongée. A l’emplacement de l’enfant qu’elles portent, sur un des tableau, le chiffre « 1 » exprime l’unicité de chaque être. Sur un autre tableau, l’embryon est peint en fins traits blancs sur noir.

J’ai rencontré Chkoon dans son atelier, situé dans le 19ème arrondissement de Paris, au bord du canal de l’Ourcq. Il y a là plusieurs ateliers aménagés sous les arcades de l’ancienne voie ferrée de la Petite Ceinture. « La Vache Bleue », c’est le nom de ce collectif d’artistes, héberge plusieurs musiciens, plasticiens, poètes.

Chkoon avoue être inspiré par les cultures païennes, les cultures ancestrales, celle des indiens d’Amazonie, des animistes africains, des peintures rupestres des hommes préhistoriques. Toutes ces cultures, nous dit Chkoon, ont été dominées, étouffées par les trois grandes religions. Ces peuples vénéraient des divinités féminines, exprimaient leurs désirs de fécondité dans leurs sculptures et peintures. Et encore maintenant, d’après Chkoon, les populations d’Amazonie ou d’Afrique, si elles ont intégrés les grandes religions, portent toujours en elles leurs cultures ancestrales. C’est ce qu’il exprime dans ses tableaux. Il cherche un équilibre. Refusons l’hégémonie des grandes religions, intégrons-les, mais faisons aussi une place aux racines de l’humanité, aux premiers instincts de l’homme face à la nature et à la fécondité.


La Vache Bleue, collectif d'ateliers d'artistes
25, quai de l’Oise
75019 Paris

samedi 10 mars 2012

Jean-Philippe Brunaud

Dans le Ventre de la Baleine (ateliers d’artistes à Pantin en Seine-Saint-Denis), nous rencontrons Jean-Philippe Brunaud, artiste peintre. Il nous présente ses toiles de 2008 à 2012. Nous y voyons, pour les plus anciennes, des sujets familiers dans des environnements inquiétants, et pour les plus récentes, de magnifiques paysages de montagnes (qui peuvent aussi inspirer l’interrogation).

« Sans titre », acrylique sur toile, 2008, est un diptyque. Sur un fond bleu ciel, une fillette en jean, les mains sur les hanches, fait la moue. Les autres éléments, qui semblent flotter dans ce ciel, sont plus abstraits : une sorte de grand doigt peinturluré, des formes arrondies, dont une est composée de coulures bleu-vert. Sur la moitié supérieure du tableau, un trait vert serpente de droite à gauche. Jean-Philippe Brunaud nous explique sa démarche : « c’est le principe du ciel bleu. Il fait beau, mais en réalité, pas tant que ça. J’ai voulu placer des personnages, en lien avec la réalité, dans un monde organique assez étrange ».

« Elle tombe », acrylique et encre sur toile, 2009 : Occupant le centre de la toile, une masse noire avec des traces descendantes comme une cascade. En bas, des circonvolutions de matières, des coulures, des grosses touches de peintures. En haut, un vaste mouvement de pinceau couleur rose clair avec un éclair bleu. « La thématique, c’est l’explosion, nous explique l’artiste, je cherchais à rendre la puissance de l’explosion et du changement que cela peut opérer. A l’origine, il y a un champignon atomique au centre. J’avais une image qui était très puissante, mais je n’arrivais pas à retrouver cette puissance. Et à un moment donné, le champignon a disparu et il ne restait plus que les retombées. C’est pour cela qu’elle s’appelle « elle tombe ».

« Le principe de l’iceberg », acrylique et huile sur toile, 2009 : des éléments sont rassemblés en cercle. Nous voyons des formes organiques, des couleurs rouges et vertes, des anneaux, des aplats arrondis. En bas, un rond blanc lumineux trône sur une sorte d’écrin rouge. L’ensemble flotte dans un paysage psychédélique. Nous croyons voir des falaises sur les côtés du tableau. En haut, une ligne d’horizon et une terre lointaine. L’artiste commente cette toile : « De la série d’explosions, je suis arrivé à une petite série qui s’appelle « le principe de l’iceberg ». Il y a toujours le désir de parler de la puissance, de l’explosion. Les choses sont imbriquées les unes dans les autres, c’est organique. Il y a quelques éléments d’architecture, de science fiction, des formes anthropomorphiques. A chaque fois, sur ces toiles, le principe est le même : on a la partie extérieure en haut, le ciel, où il ne se passe pas grand chose. Tout ce qui est puissant se passe en dessous, c’est planqué. Ca a démarré avec une toile où la partie du ciel était un champignon atomique, l’image de la violence par excellence. Et en fait, la violence était vraiment en dessous ».

« Step by step », acrylique et huile sur toile, 2011. Une sorte de long couloir rouge marron, qui s’enfonce dans la toile. Le bout du couloir est dans l’ombre. Les parois sont illuminées, en aplats ocre, coulants, avec des masses rouge brillant au plafond. Au premier plan, une souche d’arbre nous barre le chemin. Jean-Philippe Brunaud explique qu’il a senti le besoin de « renouer avec l’espace tel qu’on le connaît, le paysage. Mais le paysage, cela passe par une série de tunnels. C’est une longue série que j’ai commencé il y a plus d’un an, qui s’appelle « In / Out ». Ce qui m’intéressait, c’était l’idée de ce qui est devant, de ce qui est derrière. De ce qui est avant, de ce qui est après. De la vie, de la mort. Tout un ensemble de choses avec l’idée d’un cheminement ».

« Arrivé là, je m’arrêtais », acrylique et huile sur toile, 2011, est un vaste paysage de montagnes qui forment l’horizon. Une rivière s’enfonce dans cette vallée. Il y a des couleurs très fortes : les montagnes sont peintes en blanc, bleu et vert acidulé. Le ciel est une sorte d’immense rideau vert et noir avec des taches rouges. Une toile originale, fortement structurée, avec la chaîne de montagne horizontale et les traits verticaux dans le ciel. L’artiste s’en explique : « Là où j’en suis aujourd’hui, avec cette série, qui vaut plus pour les paysages que pour les tunnels, c’est de l’ordre de quelque chose de caché, des paysages intérieurs, des univers perdus. L’invitation au voyage dont je parlais avec la perspective, elle est dans une sorte de quête. La quête passe par le voyage. La quête de quelque chose de perdu, que je cherche à retrouver et que j’invite à aller chercher. Pourquoi dans les montagnes ? Pour moi, c’est assez personnel. Cela a un sens par rapport à mon histoire. Si j’ai peint des montagnes, c’est parce que je cherchais une charge dans la peinture. Et cette charge, quand je suis à la montagne, je la sens très directement. Donc, c’était naturel. Je voulais sortir une puissance, la montagne en tant que paysage par rapport à la morne plaine ».

Que trouverons-nous dans ces paysages boisés et montagneux ? Où nous mènera cette marche spirituelle ? Les toiles de Jean-Philippe Brunaud sont une invitation au voyage, à la randonnée dans les montagnes, terres étrangères où nous nous retrouverons. Nous nous élevons mentalement en regardant ces lointains paysages. Notre esprit s’évade dans ces lieux inconnus et presque mystiques que nous avons hâte de découvrir.


Site Web : http://jphbrunaud.free.fr/

Le Ventre de la Baleine, ateliers d’artistes à Pantin (93) : www.labaleine.org

samedi 3 mars 2012

Sereirrof

Sereirrof, artiste peintre, expose actuellement à la galerie Schwab Beaubourg à Paris. Il montre, si c'était encore nécessaire, qu’une œuvre d'art mal finie, pas belle, permet une interprétation beaucoup plus ouverte et profonde de la part du spectateur. L’artiste expose des peintures à l’huile représentant des personnages, dans des environnements terriens et vibrants. Chaque tableau, avec son unité de ton, est une variation de gris colorés. Les sujets sont traités en grosses touches de peinture. Les personnages nous regardent gravement, et une connexion s’établit entre eux et nous.

« Salauds de pauvres 2 » (200 * 160 cm) est une toile avec deux personnages debout, grandeur nature. Nous croyons voir un homme et une femme aux cheveux blancs. Leurs vêtements semblent être des guenilles. Dans ce tableau, tout est « mal fichu » (au sens noble du terme, contrairement à un tableau bien fini et bien gentil). La peinture en grosse touche est « mal fichue ». Cela rend la toile difficile, profonde et réelle.

Avec « Salauds de pauvres 1 » (200 * 160 cm), nous voyons un homme et un enfant. L’homme nous regarde dans une attitude de tension, le poing fermé, la bouche et les yeux interrogateurs, presque menaçants. « Que faites-vous là ? », semble dire la toile au spectateur. « N’avez-vous pas autre chose à regarder ? Il y a tellement d’autres expositions plus simples, plus gaies, plus
faciles ».

« Salauds de pauvres 8 » (116 * 89 cm) est un personnage aux cheveux longs et hirsutes. Hirsutes comme les grosses touches de peinture. L'homme semble nous regarder, mais en est-on vraiment sûr ? Nous ne voyons pas ses yeux, il y a juste une ombre à leur place.

« Lazare » (110*110 cm) est un homme nu, assis dans une lumière terreuse. Nous distinguons mal son visage. D’ailleurs, en a-t-il un ? Il a une main levée comme pour nous implorer. Qui implorer d’autre que le spectateur, pour lui qui semble si seul dans sa toile ?

Les œuvres de Sereirrof s’adressent à nous d’un regard, sans parler. Les personnages sont coincés dans leurs univers de terres, d’ocres, de lumières blafardes. Ces toiles sont pauvres, pauvres des couleurs, pauvres des concepts artistiques. Mais elles ont une richesse intérieure. Elles sont remplies de sentiments, d’humanité. Le dessin non fini laisse voir l’intérieur, la vraie profondeur des personnages.


Edouard Schwab, gérant de la galerie Schwab Beaubourg, a bien voulu répondre à nos questions. Nous l’en remercions.


Comment choisissez-vous les artistes et les œuvres que vous exposez ?

« C’est une galerie toute nouvelle, inaugurée il y a huit mois. Au début, nous avons choisi nos artistes par le biais d’Internet. Nous avons passé en revue des milliers d’artistes sur différents sites, sur des galeries virtuelles. Nous avons choisi nos artistes en fonction de nos goûts : lorsque nous voyions des visuels qui nous plaisaient, nous essayions d’en savoir plus, de confirmer notre premier choix en rencontrant l’artiste, de visiter son atelier, et, si possible, de l’exposer.
Aujourd’hui, nous avons une identité, une ligne directrice qui se porte sur deux courants : l’abstraction lyrique et l’expressionnisme. Nous choisissons les artistes par rapport à ces deux courants. Le critère numéro un restant que leurs travaux nous plaisent. Nous mettons un point d’honneur à mettre en avant des artistes qui nous plaisent.


Combien faites-vous d’expositions par an ?

« Cela tourne entre huit et dix expositions, dont deux collectives. C’est encore en train de se mettre sur les rails.


Est-ce que vous participez aux foires et aux salons d’art ?

« C’est un objectif de la galerie. On ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Il y a les très grandes foires qui sont encore inaccessibles pour nous. Il y a aussi des foires considérées dans le milieu comme étant bas de gamme : je pense qu’il ne faut pas qu’on y participe. Si on veut se donner l’image d’une galerie qui a une activité pérenne et qui veut vraiment s’implanter dans le marché de l’art, il y a certains salons à éviter.
Pour ce qui est des autres salons, le problème de l’ancienneté va se poser. Beaucoup de foires n’acceptent pas de galeries qui ont huit ou douze mois d’ancienneté. Il faut connaître les bonnes personnes, les rencontrer, essayer de faire du lobbying auprès des personnes qui font partie des comités de sélection.


Subissez-vous les effets de la crise économique ? A-t-elle une influence sur le type de clientèle que vous avez ?

« Comme je vous ai dit, c’est une galerie toute nouvelle. Il y a huit mois, nous étions déjà en pleine crise. Nous n’avons pas vu l’avant crise dans notre activité. Apparemment, les classes moyennes achètent moins. Pour les classes plus aisées, ce n’est pas un problème, d’autant plus que nos artistes sont très abordables pour cette classe là.
Le marché de l’art n’a pas vraiment connu la crise. Les grandes galeries continuent de faire des chiffres d’affaires mirobolants, et beaucoup de petites galeries ferment. Il faut donc avoir les reins solides, être patient et ne pas passer à coté de certaines opportunités. C’est aussi une année d’élection. Beaucoup de personnes attendent de savoir quelles seront les résultats de l’élection avant d’investir.



Exposition Sereirrof jusqu'au 24 mars 2012

Galerie Schwab Beaubourg
35, rue Quincampoix
75004 Paris
www.galerieschwabbeaubourg.com

samedi 25 février 2012

Pedro Cabrita Reis

Au début de 2012, la galerie Nelson-Freeman présentait le travail de Pedro Cabrita Reis, artiste portugais né en 1956. L’exposition comprenait des peintures sur toile, des sculptures métalliques, des dessins sur papier. L’artiste joue sur les matériaux utilisés, souvent des surfaces métalliques de récupération ; mais il joue aussi sur l’encadrement de ses œuvres, qui peuvent être eux-mêmes des matériaux utilisés en architecture, comme ces cadres en aluminium servant aux doubles vitrages.

« The Untitled Landscape » est une peinture sur toile, avec une grande profondeur, une belle mise en perspective. C’est une sorte de paysage. Les couleurs utilisées sont des terres sombres, des ocres vertes plus claires. Ca et là quelques taches lumineuses jaune et blanc. Une œuvre fraîche, aérienne. Nous voyons la profondeur, nous nous imaginons dans ce paysage, nous oublions le mur sur lequel est posé la toile.

« Les bleus #1 » est un tableau monochrome bleu, mis sous-verre dans un cadre d’aluminium. Une œuvre étonnante et riche. De la peinture visqueuse bleue est étendue sur une toile brute. Le bord droit du tableau n’est pas recouvert, comme si la peinture, encore liquide, encore en mouvement, allait finir par submerger toute la toile. L’œuvre est mise sous-verre. Sa grande taille fait que le spectateur voit sont reflet dans la surface vitrée. Nous nous voyons baignant dans un bleu lumineux. Nous croyons être à la mer. D’ailleurs, le bord droit de l’œuvre évoque une vague sur une plage.

Autre pièce exposée : quatre surfaces métalliques rayées provenant d’une étagère sont assemblées en un quadriptyque. De fins traits rayent les plaques et forment un réseau de lignes qui se croisent. A la manière des retables des églises, les deux surfaces aux extrémités sont décollées du mur, comme si elles pouvaient se refermer sur les deux plaques du centre. Mais ce retable ne montre aucune image, ces surfaces sont vides. Vides même de l’action de l’artiste. Car ces traces rayées n’ont-elles pas été faites lorsque les plaques formaient une étagère avant que l’artiste ne s’en empare ?

Enfin, sur une grande feuille de papier, nous voyons un réseau de lignes horizontales et verticales tracées au crayon. L’ensemble dessine un grand rectangle surmonté d’une large bande de peinture grise.

Avec Pedro Cabrita Reis, l’œuvre est un élément architectural : le tableau est mis en scène comme s’il était intégré dans un mur, comme une fenêtre. Le mur sur lequel est accroché l’œuvre joue un grand rôle. La grande feuille de papier est accrochée par le haut, de sorte que les deux coins du bas commencent à s’enrouler et à se désolidariser du mur. Le tableau « Les bleu #1 » est mis dans un encadrement normalement destiné à une fenêtre. Les paysages plus classiques ont une profondeur telle qu’on croit regarder à travers le mur.


Galerie Nelson-Freeman
59, rue Quincampoix
75004 Paris
www.galerienelsonfreeman.com

samedi 18 février 2012

Sati Zech

Sati Zech, artiste allemande née en 1958, a exposé à la galerie Linz fin 2011. Elle travaille sur des supports apparemment pauvres et simples : des morceaux de toiles brutes, découpés et assemblés, des feuilles de papier à carreaux. Sati Zech peint des formes répétitives rouges, d’un rouge vif sur fond blanc.

Sur une longue toile allongée verticalement, nous voyons des formes arrondies tracées à la peinture, en différentes tailles, alignées. Cela parait primaire, primitif, une sorte de grand étendard préhistorique. Dans une autre grande toile au format paysage, il y a moins de formes rouges. Le fond blanc est plus apparent, en grands carrés de toile découpée. C’est une œuvre rythmée par des demi-cercles rouges, alignés ici verticalement.

Sur un dessin sur papier, nous avons des morceaux de feuilles quadrillées collés entre eux. Trois grandes masses rouges sont peintes, reliées entre elles par des trames faites de demi-cercles. Une dernière œuvre sur papier présente deux masses noires, lourdes. C’est abstrait, avec une forme allongée en bas, et une plus massive en haut.

Le travail de Sati Zech est violent, avec ces entêtantes répétitions du même motif, un demi cercle rouge, de taille plus ou moins grosse. Est-ce du sang que nous voyons, un sang dont même le fond blanc cassé semble porter la trace ? Ces motifs en demi-cercle, Sati Zech les a forgé en voyageant. Ils sont une synthèse des ses visions, de ses rencontres. Mais le spectateur peut y voir le reflet de sa propre intimité, de son propre sang. Ce travail montre au grand jour ce qui est habituellement caché. Une oeuvre dure, à manipuler avec précaution, à regarder avec précaution. Une œuvre de femme, mais qui n'est pas féministe.


Galerie Linz
40, rue Quincampoix
75004 Paris
www.galerielinz.com

samedi 11 février 2012

Arturo Montoto

Arturo Montoto est un artiste cubain. En 2011, il expose à la galerie parisienne Intemporel des aquarelles sur papiers grands formats. Nous y voyons des fruits, des natures mortes traitées en clair-obscur où la lumière a une grande importance. Ce sont des œuvres colorées : la couleur orange est très présente, avec la représentation de papayes, de melons ; le rouge avec les pastèques ; le jaune avec les avocats. Ces fruits du soleil sont légers, frais et aériens, avec cette technique de l'aquarelle où le blanc du papier transparaît par endroit. Des œuvres très contrastées, avec le rouge sombre des tomates, le violet profond des aubergines, et surtout les grands aplats qui forment les ombres.

Dans "Col" (Choux), le choux vert apporte une touche de fraîcheur dans cette aquarelle chaude, dont le sol est orange vif et le fond d'un brun rougeoyant. Il y a de forts contrastes de tons dans cette œuvre d'une grande tension. Dans "Papaya" (Papaye), le fruit est chaud (un puissant orange), le fond est froid (un gris vert pale). La papaye vibre des multiples lavis à l'aquarelle, des reflets lumineux laissés en blanc, des graines sombres traitées librement en plusieurs tons.

"Berenjenas" (Aubergines) représente deux aubergines d'un fort violet avec des tiges vertes. Elles sont posées sur un fond rouge orangé traités en lavis dilué. "Tomates"représente deux grosses tomates rouge vif. Leurs ombres portées sont larges, peintes en marron chaud. Une ombre sur le fond vert clair, à gauche, relève les tomates et leurs reflets blancs.

C’est une œuvre fruitée ! Les fruits exaltent leurs couleurs piquantes (rouge, orange, jaune, violet). C’est une exposition chaude : même les ombres ont des présences rouges et chaudes. Les fruits sont, pour la plupart, coupés, montrant leurs pulpes et leurs pépins : il faut se dépêcher de les manger. Les mises en scène sont étudiées, les fruits étant montrés en clair-obscur. Dans chaque œuvre, les ombres font partie des sujets.



Laurence Choko, propriétaire de la galerie Intemporel, a bien voulu répondre à nos questions. Nous l'en remercions :

Quel est le parcours de l'artiste Arturo Montoto ?

« Arturo Montoto est un artiste qui a suivi une formation académique dans les plus grandes écoles des beaux arts de Cuba. Il a ensuite travaillé l'art mural en Russie. Dans sa formation, il compte 16 années d'études de beaux arts, puisque les études commencent très tôt à Cuba. Il a aussi enseigné à des étudiants des beaux arts. Pendant l’avant dernière biennale de Cuba, il a créé un spectacle tactile pour que les aveugles puisse découvrir la peinture par le toucher. C'est aussi un sculpteur. L'intérêt de cette exposition d'aquarelles est qu’elle aborde le problème de l'eau qui manque sur la planète, et puis les fruits, les légumes, qui sans eau ne peuvent pas pousser. Arturo Montoto est un grand humaniste, et tous les fruits coupés que vous voyez indiquent aussi la présence de l'homme dans la vie des fruits : l'homme les plante, l'homme les cueille, l'homme les nourrit, et l'homme les prépare. Les fruits ont une connotation très humaine.


Quelle est la place de votre galerie dans le monde de
l'art ?


« C'est très difficile à dire, moi je ne veux pas lui donner une place. Mais la place que lui donnent les spécialistes de l'art, c'est une présence importante étant donné que l'art de la Caraïbe, l'art contemporain africain, l'art de la diaspora africaine a très peu de visibilité. J'ai ouvert cette galerie en 1998. Elle attire beaucoup de visiteurs. Je dois dire que, concernant l'art de la Caraïbe, l'art de la diaspora africaine, le public français est beaucoup moins curieux que les autres publics, que ce soit les espagnols, les allemands, les suisses, ou les américains et les caraïbéens.



Galerie Intemporel
37, rue Quimcampoix
75004 Paris
www.galerieintemporel.com

samedi 4 février 2012

Pascal Foucart

En continuant notre visite du 59 Rivoli, nous rencontrons Pascal Foucart, dont les peintures sont des toiles sur fond noir avec des traits multicolores. Sur certaines toiles, les traits droits ou courbés, déliés, remplissent toute l'œuvre. Dans d'autres, elles ne mordent que les bords, laissant la majorité de la toile noire, avec des marques de coulures noires dessus. Ce sont des toiles abstraites où le noir domine, un noir brillant. Les traits plus ou moins épais sont des présences colorées chaudes, dans ces univers de nuit noire. Il y a des traces, des empreintes colorées, des coulures, des drippings qui parfois envahissent toute la toile. Comme des témoignages d'une présence dans ces larges fonds sombres.

Sur une grande toile, les coulures de peintures ont pratiquement tout recouvert. Seul subsiste une diagonale, une tranchée noire, dans un paysage abstrait jaune et bleu clair. Une tranchée que suivent des éclairs blancs. Sur une autre grande toile, des points multicolores forment la diagonale. De part et d'autre, des traits arrondis, multicolores, semblent repousser le fond noir pour que l'on se fraye un passage.

Une troisième toile rassemble des carrés multicolores. A l'intérieur de ces carrés, des traces rectangulaires bleu, ocre, blanc. Sur une quatrième toile, nous voyons de larges traces arrondies. Elles semblent monter à l'assaut du tableau.

Les tableaux de Pascal Foucart sont des lumières colorées qui sortent du noir. Des éclairs, des fulgurances, comme la lumière d'un phare. Le travail de Pascal Foucart nous montre une direction, une direction personnelle, unique. Les tableaux sont riches de leurs reliefs, de leurs aspérités, faites des épaisseurs de peinture sur ces toiles lourdes et profondes. Ce sont des toiles sombres, mais d'où émergent des lumières, les traces d'un passage.



Pascal Foucart a bien voulu répondre à nos questions. Nous l’en remercions.

Quelle est la source, la genèse de votre travail exposé au 59 Rivoli ?

« C'est un travail sur la décomposition de la lumière, avec les vibrations des couleurs. Je suis très inspiré par ce qu'il se passe dans le ciel. J'essaie de faire quelque chose de plus universel possible, de faire travailler l'œil. De tous temps, on a regardé la lumière, on a regardé au ciel. Aujourd'hui encore, analyser une étoile, analyser sa composition, c'est par la couleur. Remonter dans le lointain dans l'espace, c'est remonter dans le temps, d'où nous venons. J'essaie de faire des choses les plus abstraites possibles, et les moins figuratives possibles, vraiment que sur la couleur.


Quelle est selon vous la place du 59 Rivoli dans le monde de l'art ?

« Sincèrement, je n’en ai aucune idée. Il y a deux choses : d'un côté, les galeristes, les musées, ce qui se visite ; de l'autre côté, les peintres. On essaie d'être au milieu. On est ouvert, les gens peuvent nous voir travailler. Entre le produit fini et l'homme sur ses deux pieds, on a l'intermédiaire. C'est une idée qu'on a ici, qui est toute bête, qui va avec celle d'occuper des lieux vides, de travailler en collectif. Mais ici, il n'y a pas un style défini, il n'y a pas une école. Il y a des gens qui viennent, il y a des gens qui partent, chacun fait ce qu'il veut. Au niveau marchand, théoriquement, on n'a pas le droit de vendre ici. Au niveau artistique, il n'y a pas d'unité.

« On n'a pas de critère pour accepter les gens (les résidents). C'est sur leur bonne volonté, si ils sont sympas. On a des débutants, des confirmés qui exposent en galeries régulièrement, on a des abstraits. Il manque un peu de conceptuels à mon avis. On a un peu de sculpteurs aussi mais ce n'est pas facile en si peu d'espace. C'est plutôt de la peinture abstraite et figurative, il y a tous les genres, il n' y a pas d'école. Il faudrait poser la question à des gens de l'extérieur, leur demander comment ils nous voient : si ils nous voient comme un lieu de divertissement ou comme un lieu de création. On essaie d'être créatif, j'ose l’espérer.