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samedi 21 juillet 2012

Chris Killip

Le BAL, salle d’exposition dédiée à la photographie, présente les travaux de Chris Killip, des photos noir et blanc, prises dans les années 1970 et 1980 en Angleterre. Chris Killip a photographié les quartiers populaires, en proie aux fermetures des usines, à la destruction. Les habitants de ces quartiers semblent témoigner d’un passé maintenant révolu.

Chris Killip nous montre les réminiscences des quartiers sur le point d’être rasés. Dans ces environnements durs, contraints, les habitants semblent lutter contre eux-mêmes, contre leurs passés, contre les cadres imposés par la société moderne. 

Par leur intermédiaire, c’est Chris Killip, et finalement les spectateurs de cette exposition, qui luttent contre ces photos, contre ces sujets trop bien cadrés, trop noir et blanc, trop ancrés dans les années 70 et leurs luttes sociales.

Chris Killip présente des anglais désabusés. Lui-même est désabusé. Ses photographies sont désabusées. Elles sont des témoignages. Mais parfois, le témoignage ne porte pas car il n’y a personne, pas de présence humaine dans la photo.

Approchons de trois photographies, plus « picturales » que les autres. Elles évoquent des peintures abstraites, aux compositions radicales et minimalistes.

« Filatures », Huddersfield, 1974. Cette photo montre une usine vue de haut. Les bâtiments s’étalent de part et d’autre d’une route, tranchée blanche au milieu des murs gris. Il y a une grande profondeur et une belle perspective. Les lignes de fuite des immeubles « tournent » autour du point central situé au bout de la rue. Nous surplombons l’usine, nous sommes à la même hauteur que le ciel. Ces bâtiments sont comme des maquettes avec lesquelles nous jouons. Nous jouons, en effet, quand nous faisons et regardons de l’art.

« David et Whippet attendent le saumon », North Yorkshire, 1983. Deux garçons en habits noirs sur fond de mer et de sable, avec au loin, dans l’horizon laiteux, de pâles maisons. Il y a un grand contraste dans cette œuvre. Deux personnages noirs perdus sur un fond blanc.

« Helen et son houla-hop », Northumberland, 1984. Une jeune fille joue du cerceau sur un terrain vague au bord de la mer. L’horizon est penché vers la droite, comme s’il tombait. Comme le cerceau, tout est instable dans cette photographie. Le sol est sombre, avec ses herbes folles, son tas de charbon, son vieux fauteuil noir. Seules les chaussettes de le jeune fille apportent une touche de blancheur ordonnée.

Nous n’avons pas très envie d’être dans l’Angleterre de la fin des années 70 que nous montre Chris Killip. Elle paraît grise. Le noir et blanc accentue cet aspect. Elle paraît étriquée, prise dans un carcan dont on ne peut se libérer. Le format rectangulaire et le cadre des photos accentuent cet aspect. Les personnages dans ces photos sont pris au piège du petit format, pris au piège du noir et blanc, pris au piège des vieux immeubles, pris au piège du passé, pris au piège des tensions sociales. Et nous, en 2012, de quoi sommes-nous pris au piège ? Quel artiste le révèlera ?


Chris Killip
jusqu’au 19 août 2012

Le Bal
6, impasse de la Défense
75018 Paris

http://www.le-bal.fr/
http://www.chriskillip.com/

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