nicolasgoulette@yahoo.com

samedi 28 janvier 2012

Jerome Btesh

Le 59 Rivoli, site parisien qui héberge des ateliers d’artistes, nous réserve toujours des surprises. Jerome Btesh nous présente des lettres, des mots, des images lumineuses. Dans de longs cadres chromés, des images de caractères d'imprimerie sur fond noir semblent éclairés par l'arrière, faisant illuminer les lettres. Nous y lisons des phrases : "under perpetual construction", "I'm so sexy", etc… C’est un travail qui utilise la lumière. Des tirages plastifiés sont encadrés, ou parfois placés dans des coffres. Ailleurs, ce sont des photos à caractère sexuel qui sont éclairées par l'arrière, et placées sur des plaques métalliques de couleur rouille. Avec Jerome Btesh, nous sommes dans un ancien atelier d'imprimerie avec de vieux coffres, de vielles plaques métalliques. Le travail de Jerome Btesh est comme un musée. Chaque œuvre est un présentoir pour voir des vieux caractères d'imprimerie et des vielles photos.

"love is a constant UNachievement ; I do my best, I do my best" est un tirage photo. Des caractères d'imprimerie, dont les premiers ont un fond rouge, sont fortement illuminés. Ils semblent vus dans un miroir. La force de la lumière contraste avec le noir brillant du fond. "fuck me but love me" : Avec cette œuvre, nous croyons voir l'installation qui a servi de sujet aux tirages photographiques. Un miroir est inséré dans une plaque métallique. Devant ce miroir, des caractères d'imprimerie sont suspendus. Des caractères dont le reflet dans le miroir forme la phrase.

« meditate's good 4 hearthldt" : Sur une grande plaque sombre, des caractères d'imprimerie sont suspendus devant un miroir, et éclairés. Leur reflet dans le miroir forme la phrase. Dans un rond, un photo montre une femme nue les mains jointes, la tête baissée. "Culture under control" est un vieux coffre dans lequel un tirage photographique, lumineux, montre des caractères qui forment la phrase. C’est comme une pièce de musée : ce coffre renferme un trésor lumineux et brillant, une photo dont le sujet est finement ciselé par la lumière.

Il y a un brin d'érotisme dans toutes les œuvres de Jerome Btesh. Une brillance, un clinquant qui nous pique l'œil par sa forte lumière. Les tirages et les installations sont très beaux, très bien fait, le noir des photographies est profond. Les plaques métalliques sont presque luxueuses avec leurs photos illuminées sous des morceaux de verre. Les phrases, les photos de nus, les lumières, sont attirantes, jouissives.

En dehors du 59, les œuvres de Jerome Btesh ont été vendues à ce jour dans 16 pays, elles ont été présentes à 21 expositions en 2011.


Jerome Btesh a bien voulu répondre à nos questions. Nous l’en remercions.

Quelle est l'origine, la genèse, les sources d'inspiration de votre travail ?

« Je ne sais pas vraiment. C'est comme si on demandait à un pommier comment il fait ses pommes. En réfléchissant un peu, je me rend compte que je suis très intéressé par une nouvelle forme de représentation, qui n'a jamais été faite, comme il y a eu les impressionnistes, plus récemment les nouveaux réalistes. J’essaie déjà de trouver un nouveau support d'expression, ensuite dans ce nouveau support d'expression, il y a l'idée de réparation. Je retrouve souvent dans ce que je fais l'idée de redonner une vie nouvelle à quelque chose qui a été tué dans une vie antérieure. Par exemple là, dans ce thème précis (les œuvres exposées au 59 Rivoli), j'étais intéressé par les caractères d'imprimerie qui partaient systématiquement à la destruction et à la fonte parce qu'ils ont été tués par le numérique. Grâce à ce travail, je leur redonne vie, une vie nouvelle.

« Il y a, en amont, une prétention philosophique, l'idée d'avoir un support d'expression totalement inédit et nouveau. Une prétention philosophique qui est que l'art rende la vie plus intéressante que l'art lui-même, qu'il serve de passeur. En tout cas, mon art. J'ai une haute idée de la portée qu'il doit avoir, c'est une ambition.


Quelle est selon vous la place du 59 Rivoli dans le monde de l'art ?

« La place du 59 Rivoli est symétriquement complémentaire à ce qu'impose l'institution culturelle. Le 59 Rivoli propose la solution de la diversité artistique, de la gratuité, du hors cadre. C’est un lieu qui n'impose pas une idéologie artistique, mais qui s'offre à l'approbation générale tous les jours. Le 59 Rivoli, s'il est un lieu de contre-culture, n'est pas "anti-", il est "pour" l'honnêteté démocratique de l'art, le dialogue, spontané, impromptu, contrairement à l'art institutionnel qui est une sorte de doxa imposée que les médias relaient. Les médias ne relaient encore aujourd'hui que ce qu'il leur est fourni par l'institution culturelle : c'est axiomatique, idéologique, c'est du conditionnement, et cela n'a absolument rien de démocratique.

« C'est un mini régime brejnévien qui existe depuis trente ans, aujourd'hui accoquiné à des groupes de spéculateurs privés, le tout formant une junte nocive pour la crédibilité de notre pays et des artistes contemporains français dans le monde. Cette danse est soigneusement placée dans l'angle mort des gouvernements, et il a donc fallu faire un peu de bruit avec le 59 Rivoli. L'art contemporain n'est pas libéré du joug de l'institution et il n'existe pas encore une haute autorité des marchés de l'art. Notre pays représente un immense potentiel de talents. C'est pour cela, entre autres, que nous avons ouvert cet endroit.

Aucun commentaire: